Jeudi 30 juillet 2009 4 30 /07 /Juil /2009 11:14

L’instant arrêté. Les clichés clandestins de Birkenau

Une photo ? C'est l'instant qui s'arrête, les sentiments qui demeurent et la vie qui s'en va.   Jérôme Touzalin
Extrait de Futur Intérieur

Auschwitz II Birkenau a été conçu pour être un abattoir humain. On connaît son fonctionnement : le train, bondé d’hommes, de femmes et d’enfants, pénétrant dans le camp ; la sélection se faisant immédiatement sur la rampe, juste en face des chambres à gaz. Les gens dirigés dans la file de gauche étaient immédiatement conduits à la mort. Ceux de la file de droite travailleraient avant d’être gazés plus tard.

En août 1944, les nazis décident « la liquidation » du camp des Tziganes. Les cadavres sont trop nombreux et les fours crématoires ne suivent pas la cadence infernale. Les 2897 Tziganes inaptes au travail, encore à Birkenau, sont conduits après l’appel du soir derrière le four IV, où ils sont gazés puis brûlés dans des fosses. On peut voir sur une photo aérienne, prise ce soir-là par un avion anglais, l’immense colonne de fumée qui sort de ces fosses.

 

Le musée d’Auschwitz conserve 4 clichés de bûchers, datant eux aussi d’août 44, mais qui ont été pris près du K V. Alter Fajnzylberg explique dans une déposition que l’appareil photo lui a été fourni par David Szmulewski qui travaillait au Blockschreiber. Il s’agissait d’un petit appareil du genre Minox, récupéré parmi les biens confisqués aux déportés. Ces photos auraient été faites par un Juif Grec du nom d’Aleks pendant que trois de ses camarades faisaient le guet. L’appareil fut enterré à proximité du crématoire et la pellicule rapportée à David Szmulewski qui la fera sortir du camp pour la remettre à la Résistance polonaise de Cracovie. On peut lire le récit de cette histoire dans « L’Express » du 23 septembre 1993.

 

Après la libération ces photos seront reproduites dans la presse mais souvent retouchées et recadrées.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On voit de quelle façon la photo a été recadrée et retouchée. Le parti pris de lisibilité est compréhensible mais en nous rapprochant du Sonderkommando et des victimes, le cliché fait oublier son auteur : l’encadrement de la fenêtre le désigne, terré dans le local d’un four gavé qui ne parvient plus à avaler. Ce regard cyclopéen sur le bûcher, ajoute certainement à l’horreur.

 

 

 


 

 

 


Le zoom avant permet cependant de saisir des détails intéressants et troublants. Ainsi, on peut voir que l’homme qui se tient à gauche du groupe porte dans sa main droite un masque à gaz. On comprend le rôle qui est le sien dans le travail de l’équipe. Ce détail l’individualise. Face à lui, les mains sur les hanches l’homme plus grand que lui semble l’interroger. Un troisième homme porte sa main gauche à sa casquette. Reprend-il son souffle ? Que se disent-ils ? L’un d’entre eux sait-il que l’on fixe son image ?

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Aleks (si c’est bien lui qui tient l’appareil) s’est légèrement déplacé entre les deux clichés. En supprimant le cadre, on l’oublie alors qu’il cherche fébrilement le meilleur angle de vue. En d’autres termes, on supprime l’embusqué qui dénonce l’horreur ; et les membres du sonderkommando qui s’affairent ressemblent alors à un groupe de paysans au travail.

 

 

 


 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Aleks fléchit les jambes, la contre plongée distend les lignes, la fenêtre fait songer à une guillotine. Les femmes se sont dévêtues. L’angle oblique crée un effet dramatique dont n’est certainement pas conscient le photographe : les victimes montent au supplice.

 

 

 

 

Ce témoignage photographique est essentiel dans la construction de la mémoire de la Shoah. Il offre sinon des visages mais des silhouettes d’hommes et de femmes à la transmission d’un savoir indissociable de l’émotion. La peur et la révolte du photographe caché dans son trou noir nous touchent aussi particulièrement car sa peur est palpable.

 

 

Par Pascal Sabourin - Publié dans : Série III - Dire l'Indicible - Communauté : Histoire Géographie
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Jeudi 30 juillet 2009 4 30 /07 /Juil /2009 11:09
Le pavillon français du  Musée Mémorial d'Auschwitz

 

 

 

C'est en 1979 qu'est ouverte la première exposition permanente de la France à Auschwitz I. Installée dans le block 20 du camp (l'ancien hôpital), elle évoque alors « la lutte et le martyr du peuple français au cours des années 1939 -1945 » en insistant sur la déportation des résistants et la responsabilité du III° Reich dans le processus concentrationnaire. Depuis, les compromissions du régime de Vichy et la spécificité de l'anéantissement des Juifs ont été clairement mis en évidence et appellaient une approche nouvelle de la question.

 

Un quart de siècle plus tard, à l'occasion du 60ème anniversaire de la libération d'Auschwitz, le Président de la République Jacques Chirac inaugure le 27 janvier 2005 le nouveau pavillon français. Les volumes existants et les matières brutes ont été gardés . La lumière naturelle a été filtrée afin de plonger les salles dans la pénombre tout en préservant la vue sur l'extérieur. A l' extrémité du long couloir qui divise le bâtiment en deux, une inscription illuminée interpelle le visiteur: « Souviens-toi. 76 000 Juifs ont été déportés de France, dont plus de 2 000 enfants. »

 

La nouvelle exposition s'articule autour du thème « Déportés de France à Auschwitz, 27 mars 1942 - 27 janvier 1945 ». Pour ses concepteurs, il s'agissait de « mettre en place un contenu à la fois informatif et émotionnel sans effets scénographiques gratuits » et de « rendre sensible l'histoire générale en lui donnant un visage » (Mémoire de la Commission de rénovation) au travers l'itinéraire particulier de 5 déportés:

  • « une personne issue des milieux israélites, français de longue date » , Pierre MASSE, né en 1879, député de l'Hérault en 1914, secrétaire d'Etat en 1917, sénateur en 1938, arrêté en décembre 1941, interné à Drancy, déporté à Auschwitz le 30 septembre 1942 et gazé à son arrivée.

  • « un adolescent né dans une famille juive issue de l'immigration au début du XX° s. », Il s'agit ici de la famille de Sarah et Hersch BEZNOS, de leurs enfants et petits enfants, qui ont quitté la Russie tsariste en 1903 à la suite de persécutions antisémites et se sont installés à Paris. Une famille anéantie par la Shoah.

  • « un enfant caché en province (Izieu) », Georgy HALPERN, né à Vienne (Autriche) en 1935, réfugié avec sa famille en France après l'annexion hitlérienne, interné par les autorités françaises au début du conflit dans le camp de Rivesaltes, accueilli en 1943 à la maison d'Izieu; arrêté lors de la rafle du 6 avril 1944, il est transféré à Drancy puis à Auschwitz une semaine plus tard et gazé à son arrivée.

  • « un résistant juif de la FTP-MOI (Main-d'Oeuvre Immigrée) », Jean LEMBERGER, né en Pologne en 1924 dans une famille de militants communistes, réfugié à Paris en 1938, arrêté en août 1941 et interné au camp de Beaune-la-Rolande avec 3700 Juifs polonais; libéré en novembre suivant, il rejoint en 1942 les FTP-MOI; à nouveau arrêté en avril 1943 par la police française, il est déporté au camp du Struthof, puis à Auschwitz en janvier 1944; transféré à Flosenburg, il est libéré par les Américains. Il est mort en 1993

  • « une résistante », Charlotte DELBO, né à Vigneux-sur-Seine en 1913, étudiante en philosophie à la Sorbonne, membre des Jeunesse Communistes, secrétaire du comédien Louis Jouvet; ; en septembre 1941, avec son mari, elle entre dans la clandestinité; arrêtée par la police française en mars 1942, elle fait partie du convoi des 230 femmes déportées à Auschwitz en janvier 1943 qui entrent dans le camp en chantant La Marseillaise. Transférée à Ravensbrück en janvier 1944, elle gagne la Suède grâce à l'intervention de la Croix-Rouge. Auteur de plusieurs ouvrages sur la déportation, elle est décédée en 1985.

 

 

Le parcours des visiteurs s'organise autour de l'évocation de ces personnalités en 7 salles. La première (« Portraits ») évoque la situation des Juifs dans la France de 1939 et la mise en place du régime de Vichy. La deuxième (« Exclure, recenser, interner ») rappelle les mesures prises à l'encontre de ceux que la propagande de Pétain désignait sous le nom de l' »anti-France ». La troisième (« Déporter, sélectionner, exterminer ») est centrée sur l'arrivée et la destinée des déportés de France à Auschwitz. La quatrième (« Matricules ») ,qui traite du processus de déshumanisation des victimes, présente avec une sobriété glaçante la liste de tous les convois français arrivés à Auschwitz. La cinquième (« Auschwitz ») plonge dans la vie quotidienne au camp. La dernière (« Se souvenir ») inscrit le nom de toutes les victimes et , par l'intermédiaire d'un poignant mur de photographies, donne un visage aux 2 000 enfants exterminés.

 

 

 

Par Pascal Sabourin - Publié dans : Série III - Dire l'Indicible - Communauté : Histoire Géographie
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Jeudi 30 juillet 2009 4 30 /07 /Juil /2009 11:07
L'U.S.H.M.M. de Washington, une mémoire  américaine de la Shoah

 

 

Le United State Holocaust Memorial Museum de Washington (USHMM) a été inauguré en avril 1993 par le Président Clinton. L'identité de son premier visiteur étranger, le Dalaï Lama, honoré pour « son combat inlassable pour les droits de l'Homme », définit d'emblée sa double perspective, à la fois centrée sur la Shoah et ouvert sur l'universalité. Elevé sur le Mail, une avenue symbolique de Washington le long de laquelle se dressent les principaux musées consacrés à la grandeur de l'Amérique, il s'inscrit aussi dans l'exaltation des ideaux humanistes américains...

 

Le choix de l'architecte n'a pas été anodin, puisque James Ingo Freed a dû fuir, enfant, l'Allemagne nazie à la fin des années trente. Celui-ci a pris le parti de « refléter par des signes matériels les paysages des ghettos et des camps », tout en laissant chacun libre de ses interprétations en fonction de son vécu personnel.: les deux files d'attente pour pénétrer à l'intérieur de l'édifice évoque par exemple la sélection à l'arrivée au camp d'extermination, le claquement sec de la porte des ascenseurs rappelle celui des cellules, la lumière oblique qui baigne certaines zones rappelle celle des projecteurs qui balayaient le sol, quatre tours alignées renvoient aux miradors et les ouvertures triangulaires de la salle du souvenir aux insignes distinctifs que devaient arborer les déportés.

 

C'est une approche victimaire de la Shoah qui prévaut, ne serait-ce que par le fait que chaque visiteur reçoit une « carte d'identité » portant la photo d'identité et la biographie d'une victime de la Shoah, assassinée ou rescapée. Mais les questions dérangeantes ne sont pas esquivées, et chacun peut s'interroger sur la politique américaine d'indifférence à l'égard des réfugiés venus d'Europe centrale et orientale, ou encore sur le refus d'intervenir directement d'un Président Roosevelt pourtant informé des atrocités commises par les nazis à l'encontre des communautés juives.

 

Le Musée-Mémorial entend toucher des personnes très diverses. Le public « de masse » issu de l'Amérique profonde prend conscience d'une abomination que les négationnistes populistes et racistes rejettent ouvertement. Les visiteurs désireux d'aller plus loin ont accès à de la documentation audio-visuelle. Les enfants sont sensibilisés à la Shoah à travers l'itinéraire tragique d'une famille ordinaire, celle de de Daniel, de sa soeur Erika et de leurs parents, des Juifs allemands de Francfort déportés au ghetto de Lodzs afin leur transfert à Birkenau dont ne reviendront que le jeune garçon et son père. Les spécialistes ont accès à un Institut de recherche dont les collections d'archives ne cessent de s'enrichir. Enfin, les internautes peuvent découvrir un site d'une densité exceptionnelle – en particulier une Encyclopédie de la Shoah.

 

 

 

(d'après Anne Grynberg, Du mémorial au musée. Comment représenter la Shoah ?)

 

 

 

 

 

 

 

Par Pascal Sabourin - Publié dans : Série III - Dire l'Indicible - Communauté : Histoire Géographie
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Jeudi 30 juillet 2009 4 30 /07 /Juil /2009 10:59

Le Mémorial de la Shoah de Paris

 

 

Le Mémorial de la Shoah de Paris a été inauguré le 25 janvier 2005 par Jacques Chirac. Président de la République française, et Simone Veil, Présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah. Le bâtiment s'élève au coeur du quartier du Marais où la présence d'une communauté juive est attestée depuis 9 siècles.

 

La structure actuelle résulte d'une longue évolution de la mémoire du génocide. Le point de départ fut la fondation, à Grenoble, en zone d'occupation italienne, le 28 avril 1943, autour d'Isaac Schneersohn, du Centre de Documentation Juive Contemporaine (CDJC) qui se fixa comme mission de rassembler les preuves de l'extermination des Juifs. Aux lendemains de la guerre, l'équipe du CDJC, qui participa au Procès de Nuremberg à la demande du gouvernement français, eut la volonté d'ériger un mémorial en hommage aux victimes de la Shoah. Celui-ci, baptisé « Mémorial du martyr juif inconnu », fut inauguré sur un terrain cédé par la ville de Paris le 30 octobre 1956, au terme de trois années de travaux ; le grand rabbin Kaplan déposa peu après au centre de la crypte des cendres provenant des camps d'extermination et du ghetto de Varsovie. Le CDJC s'y installa; en 1997, il reçut en dépôt les « fichiers juifs » établis par le gouvernement de Vichy. En 2001, une Fondation pour la mémoire de la Shoah est créée; par décision du Premier Ministre Lionel Jospin; elle bénéficie des fonds en déshérence provenant de la spoliation de familles juives par les autorités d' Occupation et par Vichy. Des travaux sont réalisés pour agrandir des locaux devenus exigus. Le nouveau Mémorial ouvre ses portes au public le 27 janvier 2005, date anniversaire de l'entrée de l'Armée Rouge à Auschwitz, 60 ans plus tôt.

 

« Installé au tournant du siècle des génocides, ouverte sur le siècle nouveau », le Mémorial de Paris se veut en quelque sorte « un pont jeté entre les femmes et les hommes contemporains de la Shoah et ceux qui n’ont pas vécu, ni directement ni par la médiation de leurs parents, cette période historique ». Il se donne pour mission de s'interroger sur l'enseignement de la Shoah au XXI° siècle et d'en transmettre la mémoire par des activités pédagogiques, parmi lesquelles des déplacements scolaires à Auschwitz – la classe de Première Littéraire du Lycée fut retenue pour y participer en février 2007, à un moment où les témoins directs disparaissent peu à peu. Enfin, il se veut « musée de la vigilance », « rempart contre l’oubli, contre un retour de la haine et le mépris de l‘homme » (Eric de Rothschild, Président du Mémorial)

 

Le Mémorial de Paris est ainsi devenu en Europe l’institut de référence pour la Shoah, comme le Musée de l’Holocauste de Washington et Yad Vashem à Jérusalem. Le CDJC gère un fonds de plus de 1 million de pièces d'archives de toute nature et continue à recueillir des témoignages, disponibles en versions audio et en DVD, en partie mis en ligne; il participe à l'élaboration de l'Encyclopédie électronique de la Shoah. La crypte, coeur du premier mémorial, accueille les cérémonies du souvenir. Le Mur des Noms rend une identité aux 76 000 hommes , femmes et enfants assassinés, et le Mémorial des Enfants un visage aux 2250 garçons et filles exterminés. Un Mur des Justes rend solennellement hommage à celles et ceux qui ont sauvé des vies au péril de la leur. Enfin, des expositions temporaires et des colloques ouvrent régulièrement la réflexion sur d'autres assassinats de masse, notamment au Rwanda .

 

 

Adresse: 17 rue Geoffroy-l'Asnier 75004 PARIS

 

Par Pascal Sabourin - Publié dans : Série III - Dire l'Indicible - Communauté : Histoire Géographie
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Jeudi 30 juillet 2009 4 30 /07 /Juil /2009 10:57

Le cimetière du Père-Lachaise,

mémorial de la déportation et de la Résistance

 

 

Aux lendemains de la Seconde guerre mondiale, le cimetière parisien du Père-Lachaise, qui constituait déjà un lieu de la mémoire de la gauche révolutionnaire avec le Mur des Fédérés, prit une dimension nouvelle. Tout d'abord, aux abords de ce haut lieu de la Commune fut organisé par le Parti Communiste un espace de recueillement matérialisé à la fois par les sépultures de ses hommes célèbres (ses dirigeants comme Maurice Thorez ou ses artistes comme Paul Eluard) et par les monuments érigés à la gloire de ses combattants antifascistes. Mais dans cette 97ème division du cimetière furent aussi élevées des oeuvres plus originales dédiées à la mémoire des victimes des camps nazis.

 

De 1949 à 2004, les Amicales de déportés firent ériger une douzaine de mémoriaux; le plus ancien évoque le camp de Neuengamme, le plus récent le convoi 73 de Drancy. Les oeuvres présentent une grande diversité, qui s'explique à la fois par la manière de vouloir évoquer l'abomination concentrationnaire, par la spécificité de certains camps (escalier de Mauthausen) et par l'évolution de la perception historique de la déportation. Toutes apparaissent comme une réponse à ce terrible défi qui était de « dire», dans la pierre ou le bronze, l'abominable singularité du système d'anéantissement de l'Homme voulu par les Nazis.

 

On pourrait distinguer deux types de réalisations. Le premier rassemblerait les mémoriaux expressifs, qui chercheraient à matérialiser l'atrocité, tels les hallucinants corps de Buchenwald ou de Sachsenhausen; alors que dans le second l'atrocité serait simplement évoquée, suggérée, par la figure abstraite à tête hypertrophiée de Birkenau ou par l'effroyable arithmétique de la stèle du convoi 73 (873 déportés, 25 survivants).

 

Les thèmes de la souffrance et de la déshumanisation sont omniprésents. La taille différente des empreintes de semelles de Bergen Belsen montre que la déportation n'épargna personne, même les enfants. La miniaturisation de la silhouette en bronze du déporté décharné au pied du gigantesque escalier de la mort de Mauthausen révèle la tragédie quotidienne des esclaves du Reich ployant sous le poids des blocs de granit. Les corps désarticulés des trois personnages au regard vide de Buchenwald renvoient à la violence inimaginable du système concentrationnaire qui cherche à vider l'Homme de toute humanité. Enfin, l'adjonction des cendres des victimes de Mauthausen, de Flossenburg ou de Neuengamme rappelle à sa façon que le système de destruction nazi reposait sur le meurtre anonyme de masse. « Nous avons sondé des abîmes en nous mêmes et chez les autres » (Dachau)

 

Même au coeur de l'abîme , il faut résister, survivre. « On brisa leur corps, jamais leurs esprits » a-t-on inscrit sur le mémorial de Bergen Belsen. Ce thème se rencontre aussi sur les monuments du Père-Lachaise. Survivre grâce à l'esprit, comme semble l'évoquer la tête surdimensionnée de la silhouette de cendres de Birkenau. Survivre aussi grâce à la solidarité, à l'entraide entre les déportés: le mémorial de Monowitz met en scène 6 déportés ; certes, la représentation des personnages en lames de bronze dissociées évoque la dislocation des corps , mais 5 d'entre eux transportent leur camarade anéanti dans une brouette; le mémorial de Buchenwald traitait déjà la solidarité des victimes.

 

 

Longtemps, ces victimes furent identifiées à la résistance antinazie, au combat de la liberté contre la barbarie. Plusieurs inscriptions le rappellent: « Ils ont souffert et espéré. Toi combats pour ta liberté » (Bergen Belsen), « ils sont morts pour que nous vivions libres » (Neuengamme). Un monolithe blanc rend plus particulièrement hommage « aux femmes communistes qui ont donné leur vie pour la victoire de la liberté cpontre le nazisme pour le triomphe de la paix »

La spécificité de la Shoah s'en trouvait occultée, de même que la complicité du gouvernement de Pétain .Celles-ci n'apparurent que récemment . La stèle du convoi 73, dernier mémorial érigé, rend hommage aux « 878 hommes juifs déportés de Drancy » Une plaque ajoutée au monument du camp d'extermination de Birkenau révèle aujourd'hui plus explicitement cette double réalité: « Victimes des persécutions antisémites de l'occupant allemand et du gouvernement collaborateur de Vichy »

 

Par Pascal Sabourin - Publié dans : Série III - Dire l'Indicible - Communauté : Histoire Géographie
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